05 juillet 2009
It’s a rainy day… He hé!
Sans dec, hier il a plu comme vache qui pisse. Un truc de malade. La Bretagne à côté, c’est du chichi de pat! J’ai passé l’après-midi à regarder l’eau monter dans ma rue et à me demander si oui ou non, je tentais la descente jusque dans le sud à Malabar Hill, sachant que certains quartiers d’Andheri East étaient déjà sous l’eau…
Bon, l’un dans l’autre, je me dis, allez, vas-y, tente le coup, au pire tu fais demi-tour si les rues sont trop inondées ou si ça devient trop dangereux.
Me voilà partie pour un voyage subaquatique, d’abord dans un rickshaw, ensuite dans un taxi, à éviter les rues trop inondées. On double des gens complètement trempés. Ils ont carrément abandonné l’idée du parapluie, au point où on en est, mouillé pour mouillé, autant y aller jusqu’au bout. Je plains les gars à moto qui se font copieusement asperger par les voitures et les bus qui les doublent (‘tain mais c’est hyper dangereux en fait). Et moi j’avance doucement, mais surement, plus ou moins au sec, j’ai au moins cette chance là. Je me fais une carte mentale de mes amis qui habitent dans les quartiers que je traverse car je pense déjà au retour… Qui est-ce que je connais dans ce quartier que je pourrais réveiller au milieu de la nuit si jamais je suis coincée en remontant…? Et il pleut, et il pleut, et il pleut… rhhooofffff….! Où est la bergère?
Tout allait plus ou moins ‘bien’ jusqu’à Malabar Hill.
Malabar Hill porte bien son nom. C’est une colline, que dis-je, c’est une montagne, c’est un pic, c’est un cap, c’est un roc, c’est une péninsule qui s’enfonce dans la baie de Bombay. En bas de la colline, je sens que ça va être super dur. Le taxi ne roule plus, non, non, il flotte... Il y a de l’eau jusqu’aux portières. Hummmmm. Driver, you’re gonna be ok? Yes, madam, we will try. Et on s’engage dans les rues en lacets qui grimpent, grimpent, grimpent, et nous sommes carrément à contre-courant d’un torrent qui dévale la colline. Il y a de l’eau qui arrive de partout, d’en haut de la rue principale, des ruelles, les gens ont de l’eau jusqu’aux genoux, ils peinent contre le courant, les voitures calent les unes après les autres, noyées… Seuls les gros 4x4 montent en noyant tout ce qu’ils croisent sur leur passage. Ouahhhhh… Mon chauffeur prend les virages tant bien que mal, et… Ce qui devait arriver arriva…
On a calé.
Plus possible de redémarrer.
Mince…
Le taxi en plein milieu du virage, donc on ne pouvait pas rester là. Et c’est parti pour une marche arrière, sans moteur, (sans les mains, ouuuéééé) en plein milieu du torrent qui frappe sur les portières de la voiture… Et hop, il se glisse contre le mur d’un immeuble et se range là.
Bon, on fait quoi ?
On attend un peu, dans l’espoir que le moteur veuille bien redémarrer.
Nope, aucune chance.
Je me dis que c’est bête d’être arrivée jusque là et de devoir faire demi-tour. Je demande si l’endroit où je dois aller est encore loin. 2-3 minutes walk, madam.
Bon ben c’est parti. Je paie mon chauffeur et lui laisse un gros pourboire, le pauvre, son taxi est noyé… Et moi, tel Indiana Jones en ciré, parapluie et chaussures en plastiques, j’attaque la remontée du torrent à pied.
Note LA paire de chaussures en plastique 41 fillette, l’accessoire indispensable de cette mousson. Pas la peine de les chercher à Bombay, je les ai trouvées à Bangkok!
F*ck man! Entre l’eau qui rebondit sur les murs dans les virages, les voitures qui me doublaient, les ruisseaux qui déboulaient des ruelles sur le côté, j’ai été trempée comme une soupe en moins de 30 secondes. Mon jean a absorbé la moitié de l’eau tombée sur Bombay toute la journée. Schlooooorp, comme ça! Grahhhhh ! Je zigzague dans les virages pour éviter les montées d’eau et effectivement, au bout de 3 minutes, j’arrive chez mes amis. C’est toujours la classe internationale d’arriver dans une soirée en ressemblant à un chat mouillé (et les mains bleues schtroumpf, merci good indian quality bag qui ne déteint pas…).
Mais bon, un coup d’œil aux bas de pantalons des gens et je me rassure que je ne suis pas la seule dans ce cas.
Heureusement pour moi, la pluie s’est calmée après quelques heures et j’ai pu rentrer sans aucune encombre à la maison (si par encombre, je ne parle pas du chauffeur de taxi qui essaie encore et toujours de m’avoir… Franchement, les gars, quand vous voyez que je me dépatouille en hindi, que je connais mieux le chemin que vous pour rentrer chez moi, n’essayez pas de me rouler sur le prix de la course et le prix du nouveau Bandra-Worli Sea Link (qui est encore gratuit…)… C’est perdu d’avance!)
Allez, pour conclure, ce magnifique morceau que mon Ipod m’a dégoté hier quand j’étais dans mon taxi, hé hé!
03 juillet 2009
Déformation... Suite...
De retour donc de deux semaines en France, où je me suis aperçue qu'un an et demi d'Inde, ça laisse quand même des traces...
La France, c'est toujours synonyme de grands repas, de retrouvailles et c'est ça a aussi été cette fois-ci l'occasion pour moi de recroiser ma famille anglophone et tous les amis anglais de mes parents.
Je vous mets en situation: une grande tablée, au moins 6 Anglais, mais des vrais de vrais, du sud de l'Angleterre avec le vrai accent britannique de la mort qui tue (le mien avant d'aller en Inde, quoi).
J'étais en train d'expliquer un truc (en anglais, donc...) depuis quelques minutes et il y a eu un GROS blanc.
Une grosse pause...
Tout le monde me regarde avec des yeux de pomfrets frits...
What? Quoi? What's wrong?
(Kya hua? Kya bat hai?)
Et là, une amie de mes parents couine un "ohhhh, it's sooooo funny the way you speak with an indian accent! It's so cute!"
Suivi d'un ENORME éclat de rire collectif...!
Aacha...! have I been there in India for too long now, yaar?
02 juillet 2009
Déformation...
I'm back! Désolée pour ce long silence, j'étais en France pour les waaaacances!
Et en France, ben c'est plein de Français, et rien n'a vraiment changé.
Sauf, sauf.... En me promenant dans la rue, sur une vitrine, je lis ça:
(j'avais pas mon appareil photo, alors je l'écris. C'est certes beaucoup moins drôle, mais on fait ce qu'on peut avec les moyens du bord!)
Maître de Chai
Ouahhhhhh, la classe, un maître de chai! Le gars, il fait du chai!
J'aurais jamais imaginé qu'il puisse y avoir une boutique qui vende du thé et qui puisse s'appeler Maître de Chai! Trop la classe, m'écrais-je intérieusement en m'approchant curieusement de la devanture du magasin.
Ah, mais oh.... 'tain, chuis conne! (je m'en suis même tapé le front du plat de la main)
Maître de chai! (ché!) pas de Tchaï!
C'est grave, docteur...?
07 juin 2009
Résistance...
...Si tu n'as rien à faire lundi soir, passe donc faire un tour au Mumbai Times Café.
Comme toutes les deux semaines, le Bombay Elektrik Projekt organise une soirée poésie / slam où tout le monde peut venir s'exprimer, lire ses textes, s'opposer aux autres orateurs, partager sa passion des mots... En Anglais, en Hindi, en Français, avec ou sans instruments, tout est permis.
Pour ce lundi, les organisateurs ont invité Tenzin Tsundue, un poète tibétain, à venir lire ses textes et nous parler de son engagement pour la cause du Tibet.
Quelques extraits de sa biographie - empruntés à Friends of Tibet.
Born to a Tibetan refugee family who laboured on India's border roads around Manali, North India, during the chaotic era of Tibetan refugee resettlement in the early seventies. Tenzin Tsundue is a writer-activist, a rare blend in the Tibetan community in exile.
Tenzin Tsundue joined Friends of Tibet (INDIA) in 1999. Since then he's been working with the organization as its General Secretary. In January 2002 his profile peaked when he scaled scaffolding to the 14th floor of the Oberoi Towers, in Mumbai, to unfurl a Tibetan national flag and a banner down the hotel's facade which read 'Free Tibet'. China's Premier Zhu Rongji was inside the hotel addressing a conference of Indian business tycoons. The world's media featured this feat and Indian police officials congratulated him in prison for standing up for his rights. In April 2005 he repeated a similar stunning one-man protest that captured the world’s imagination while Chinese Prime Minister Wen Jiabao was visiting India’s tech capital, Bangalore.
Because of these daring protest actions, the Government of India restricted his movements at the request of the Beijing government during Chinese President Hu Jintao’s visit to India in November 2006. He was detained within Dharamsala jurisdiction for fourteen days, constantly surveilled by police and intelligence escort.
Un de ses poèmes...
A PERSONAL RECONNAISSANCE
From Ladakh
Tibet is just a gaze away.
They said:
from that black knoll
at Dumtse, it's Tibet.
For the first time, I saw
my country Tibet.
In a hurried hidden trip,
I was there, at the mound.
I sniffed the soil,
scratched the ground,
listened to the dry wind
and the wild old cranes.
I didn't see the border,
I swear there wasn't anything
different, there.
I didn't know,
if I was there or here.
I didn't know,
if I was here or there.
They say the kyangs
come here every winter.
They say the kyangs
go there every summer.
Alors, c'est où, quoi, quand comment?
C'est ce lundi 8 juin à 21h30 au Mumbai Times Café, Fifth floor, Crystal Shopping Arcade, Off Linking Road, Bandra (W). Juste derrière le KFC.
06 juin 2009
Home...
Hier, dans le cadre de la journée de l’environnement, j’ai été joyeusement conviée par le Consulat de France à aller manger des petits fours et boire du champagne découvrir Home, le film de Yann Arthus-Bertrand au PVR de Phoenix Mall à Lower Parell.
Une invitation pour voir un film engagé sur la protection de l’environnement, évidement, je suis partante. (Et puis si on peut se régaler au frais de la princesse aussi, tant qu’à faire…).
Donc me voili-voilà, tranquillou à attendre mes amis devant le cinéma. Je regarde les préparatifs, on déroule le tapis rouge, je vois les employés du consulat arriver en livrée blanche avec épaulettes bleu-blanc-rouge, les bras chargés de carton de vin (yeaaaah, vive la République), il y a les lambda comme moi qui sont venu découvrir le film, en jean tee-shirt et il y a les VIP beaucoup plus guindés. Une rumeur commence à circuler… Tu sais qui doit venir! Nan ? Si, si, si…!!! C’est truc qui l’a dit à chose et ouais, il parait qu’il est très engagé (mouaif, on y croit) et c’est pour ça qu’il vient! Ah ouais? Ben on verra.
En attendant, on pensait tous que le film commencerait à 19h30, mais naaaann, c’est le cocktail à 19h30, le film, c’est à 21h. Là, là, stratégiquement, c’est pas bon… Franchement, 1h30 de cocktail avec les plateaux de petits fours et le vin qui passe sans discontinuer (surtout, qu’instinctivement, mon groupe s’était placé juste à la sortie des cuisines… Nous ne perdons jamais le nord. Plus jamais on nous invitera aux petites sauteries du consulat, je le sens). On discute, on papote, on voit les mêmes têtes que d’habitude, on recroise avec plaisir des gens qu’on n’a pas vu depuis longtemps (spécial coucou à G, merci de me lire tous les jours!!! Saaalûûût!!!). Blablablabla… C’est l’heure du film.
On s’installe confortablement dans les supers fauteuils de la mort inclinables du PVR (les cinés multiplexes en Inde, c’est une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie), les filles s’emballent dans leurs châles en laine du cachemire mi-poils de yack mi-poil de biquette (oui, parce qu’il fait à vue de nez 17 degrés dans la salle – bande de malades de la clim, il fait 38 dehors…! Et on vient voir un film sur la protection de l’environnement, c’est ça???), et puis une sympathique personne vient nous faire un discours de bienvenue sur des Ferrari (bonjour monsieur), ensuite, c’est le tour de monsieur le Consul (qui est un homme fort charmant, mais je crois vous l’avoir déjà dit à plusieurs reprises.), et puis c’est le tour des 6 (OUI, SIX, S-I-X) sponsors de parler. C’est là que tu mesures l’ampleur des dégats vin + petits fours + sièges inclinables + châle doudou tout chaud + j’ai envie de faire pipi en fait. Ohhhh, mon dieu, ça va être looooong! Mais je me suis ressaisie très vite, parce que monsieur La Rumeur, celui dont je n’ai pas dit le nom plus tôt (je suis la reine du suspense), était entré dans la salle. Gniakk hahahahahaha, je vous le donne en mille:
Amitabh Bachchan!!! BIG B!!!
(pour les français hors bollywood context. Tu vois Johnny? Oui, bon, multiplie Johnny Halliday puissance 47, et tu obtiens le coefficient de superstarité du monsieur. Amitabh Bachchan, si tu as vu Slumdog Millionaire, c’est l’acteur pour lequel le héros du film se jette dans la merde pour avoir un autographe). Voilà. Big B, quoi. Il nous fait un petit speech, il est content d’être là pour soutenir cette cause, il parle de sa légion d’honneur (ou bien chevalier des arts et des lettres – chais plus) (ah ouais, c’est vrai j’avais oublié ça), de promouvoir le ciné français en Inde. Cool, gentil. Merci. Ah ben au revoir… Tu restes pas regarder le flimi ? Non ? Ah bah non… ben tcho tcho alors.
Et le film commence. Evidement, Home est une pure merveille pour les yeux.
Nous habitons sur une terre magnifique, splendide, miraculeuse, pleine de couleurs, de formes, de vie, c’est exceptionnellement beau. On se croirait souvent en plein milieu d’une peinture abstraite, l’Islande en presque noir et blanc ressemble à une peinture de Pollock, certains volcans et accumulations de roches ressemblent à une palette de peintre en plein travail, des gros coups de gouache éclatée au pinceau. C’est tout simplement sublime. Juste un peu long (c’est dommage), mais c’est un pur régal pour les yeux (et ça me donne envie de voooyager…). Et effectivement, l’homme est aujourd’hui en train de détruire un des biens les plus précieux que nous ayons et si nous ne nous réveillons pas très vite (à moins qu’il ne soit déjà trop tard, j’en ai bien peur), les générations à venir n’auront plus rien. Pour résumer tout cela et réfléchir un peu, il y a cette phrase de Saint-Exupéry, reprise par M. le Consul hier soir : «nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants.» Exactement.
Mais je crains que dans des pays comme l’Inde, tout ceci soit très difficile à appliquer. Rien que la semaine dernière, je ne suis presque violemment disputée avec une connaissance à ce sujet. Nous étions dans la rue, en train de boire un chai dans des petits gobelets en plastique. Lorsque j’ai eu fini le mien, je m’excuse un instant et je vais le jeter dans une poubelle qui se trouvait à 10m de là. Mon ami me dit de ne pas prendre cette peine et de simplement jeter mon gobelet par terre au milieu de tous les autres détritus.
Donc, toi, tu jettes ton gobelet par terre? Ca ne te dérange pas que ton quartier ressemble à un dépotoir?
- Non, ça a toujours été comme ça de toute façon.
- Et tu n’as pas envie que ça change?
- Non, je m’en fiche. C’est certes moche et dégueulasse, mais on ne peut rien faire.
- Si, tu peux faire 10m et jeter ton gobelet à la poubelle, c’est le premier pas vers un changement.
- Ca ne sert à rien. Les autres jettent leurs trucs par terre, alors pourquoi pas moi ? Et puis il y a des choses beaucoup plus importantes à traiter dans ce pays qu’apprendre aux gens à ne pas jeter leur détritus par terre.
- Je suis tout à fait d’accord. Il y a des tas de gens dans ce pays qui doivent d’abord penser à leur propre survie avant autre chose. Mais toi, toi, tu es instruit, tu as un bon boulot, tu ne meurs pas de faim, tu vois et tu sais et tu comprends que tout ce qui t’entoure est un pur scandale environnemental, et pourtant tu ne fais rien? Tu ne veux pas faire ce tout petit geste qui permettrait peut-être de donner à tes enfants et des petits-enfants un meilleur environnement pour grandir?
- Non, moi j’ai grandi là-dedans et eux aussi le feront.
- Ah ? (là, moi je suis à cours d’argument)
- Ouais. Et de toute façon, je m’en fiche. Je veux immigrer.
- … (je suis soufflée). Ah bah good luck à l’étranger alors.
What to do…??? What to do, hein??? Il y a encore de gros efforts à fournir pour que les mentalités changent. Tout revient à l’instinct de base où il faut se battre (physiquement) pour obtenir quelque chose. On retrouve cette attitude dans le train où les gens sont prêts à se taper dessus pour monter dans le wagon et ensuite on s’aperçoit qu’il y a de la place pour tout le monde. Oui, mais si tu ne montes pas dans ce train, tu arrives en retard au boulot, tu n’es pas payé et donc tu ne manges pas. Cet argument était certainement valable il y a des dizaines d’années, mais l’attitude est restée ancrée dans les mœurs. Tout est une question de survie de base. Pour nous occidentaux qui n’avons jamais eu à nous battre pour les choses de tous les jours, où tout est accessible, où nous n’avons jamais manqué de rien, nous pouvons nous permettre de penser vers l’avant, d’anticiper, d’essayer de sauver ce qui peut encore l’être. Quand tu ne sais pas si demain tu pourras manger ou t’acheter une paire de chaussure, crois-moi, ta priorité n’est pas le recyclage des déchets ou de mettre des trucs à la poubelle. Mais ça m’E-NER-VEUH quand les gens qui peuvent se permettre de le faire ne le font pas!!! (c’était mon coup de gueule de la journée).
(Comme quoi je ne passe pas non plus tout mon temps à siffler des verres dans les cocktails et à dire des conneries, j’ai AUSSI une certaine conscience du monde qui m’entoure et je réfléchis parfois.) (Ok, pas trop, mais des fois quand même).











